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... OUI MAIS ELLE RESTE MA TANTE !







Ça y est tu es partis , on ne parlera plus de toi qu'au passé.

rentrée plutôt de l'école , en cette journée si glaciale ,j'aurais que tu sois là , je t'aurais raconter ma journée au lycée . J'ai besoin d’exorciser ma douleur ,mais tu n'es pas là . A ta place je n'ai que ce bout de papier et ce crayon .
Tu sais ma journée a été bien triste , et aujourd’hui la cause est tout autre que ces filles qui me cherchent tout le temps des histoires à l'école , ou une de mes fréquente dispute  avec Christian . Aujourd'hui je suis vraiment triste et je pense que depuis ce jour où j'ai vu mes parents se bagarrer pour la 1 er fois , j'ai jamais été aussi triste .
J'ai couru me Réfugier dans ma chambre là je pense à toi . Je promets de tout faire pour ne pas t'oublier et surtout de porter plus haut, ces souvenirs qui lavent tous ce qu'ils ont pu dire sur toi .

J'ai la gorge et le cœur plein de rage car à défaut de n'avoir pu te conter ma journée j'ai dû écouter des récits qui parlent de toi . Au comble de l’écœurement, j'ai voulu réponde mais je ne pouvais . La toute puissante Mme KOSSORO présidait la réunion , elle les montait tous contre toi . Même morte elle ne te lâchera donc  pas !
Tu sais j'ai gardé ma langue bien pendue et comme tu n'étais pas là pour te défendre il faut que tu saches ce qu'elle a encore dit de toi  :
Elle a dit que tu savais depuis longtemps que tu étais malade ,mais que ton cœur mesquin et plein de malice ,te poussait à ne l'avouer à personne dans le but d'en contaminer plusieurs. Elle a dit que le M. Brou avec qui tu m'as envoyé manger l'alloco aux 220 la dernière fois, était un homme marié et qu'il n'était pas le seul homme que tu fréquentais . Selon elle , tous les hommes du quartier , du boutiquier, au riche homme d'affaire, avaient tous une fois été tes amants. Elle a aussi dit que c'est parce que tu étais très mauvaise que Dieu t'avait punis en te châtiant par cette maladie . Plus elle parlait de toi , plus des larmes perlaient sur mon visage . Finalement , je ne voulant pas qu'elle s'aperçoive que ses propos étaient un glaive pour moi , J'ai tourné le talon et là maintenant assise sur mon lit décidé à écrire qui était vraiment, ma tante , ma Tantie Awa .
Les hommes passent mais le souvenir que l'on garde d'eux sont des cadeaux qu'ils laissent à leurs proches afin que ceux ci sachent que leur existence n'a pas été un mirage . Et pour moi qui t'ai vraiment connu , ton souvenir est comme un diamant dans mon cœur . Pour moi tu n'es pas juste celle qu'on est pressé d’inhumer afin d'enlever l’opprobre d'une telle maladie sur une si grande et respectée famille . Pour moi ton souvenir est beaucoup plus qu'une hantise qui nous rappelle que chez les KOSSORO, il y a eu une brebis galeuse qui aujourd'hui est morte du Sida . Comment pourrais-je te voir ainsi ?

J'avais 3ans à l'époque où j'ai ouvert les yeux sur cette bataille acharnée qui opposait M. KOSSOR et sa toute 1ère épouse : ma mère . Ils me disputaient comme un trophée . Après leur rupture ma garde était la seule satisfaction que le vainqueurs de cette idylle échouée aurait pu brandir . Un matin pourtant mon père fut plus ingénieux et à l’issue de ma mère encore au travail, il a réussi à m'arracher de la forteresse dans laquelle j'étais cachée . Am'lan , ma nounou à l'époque, n' y a vu que du feu quand il lui a dit que maman était informé qu'il passerait me prendre pour les fêtes . Heureuse de l'initiative paternelle à l'époque, car j'avais hâte de troquer la sévérité maternelle pour les câlins de mon père .Mais une fois chez les KOSSORO il m'a très vite manqué quelque chose : une mère .
Loin de l'image de ma nouvelle belle mère, tu étais là . Chaque vacance tu venais de Daoukro et quand tu passais le pas de la porte c'est comme si jamais tu n'avais dû partir pour l'année scolaire . Toutes ces années tu étais là . Mon père était pour toi ce grand frère de la famille africaine qui a réussi et chez qui l'on vient profiter du confort citadin chaque vacance . Tu étais ma tante au fil du temps tu as symbolisé bien plus pour moi . Tu me connaissais , savais mes goûts , connaissais plusieurs blagues sur ma tendre enfance , tu connaissais même les marques que l’allergie cutanée que j'avais manifesté à l'époque m'avais laissé au point où lorsque je me faisait de nouvelles cicatrices aux jeux tu me grondais. Tu disais que plus tard je participerai à miss Cote d'Ivoire et que pour cela je devais rester parfaite . Tu étais là , la seule qui croyais en moi . Malgré mes échecs scolaires , malgré parfois mes caprices d'enfants gâté , tu ne te fâchais jamais bien longtemps . Comme une mère tu savais pardonner . Comme une mère tu voyais en moi un diamant à polir . Au bout de quelques années tu as eu le BAC tant recherché et tu es venue t'installer à la maison . Quelle joie pour moi qui me sentais si seule au milieu de ces nouveaux venues ! pas encore accommodée à mon nouveaux statu d'ex enfants choyé , tout à coup je ne me sentait plus toute seul . Pendant toutes ces années avec tous ces changements , tu étais la seule vraiment qui avait toujours été «  un chez moi » , ta présence me rappelai la constance dont j'avais besoin et en plus , j'avais enfin une alliée .

Plus jamais je n'allais à l'école toute décoiffée . Plus jamais je ne subissais d'injustice sans que tu me défendes . Aujourd'hui je tremble encore d'émotion rien qu'au souvenir de ce jour où grâce à toi j'ai échappé à la correction paternelle . Alors que papa brandissait sa ceinture , tu es arrivée et contrairement à tous ceux qui n'avaient osé lui dire la vérité de peur de contredire  la reine des lieux , toi tu n'as pas hésité une seule seconde .tu as frappé cette porte que papa avait déjà fermé à double tour , et c'est la tête haute que as tu dis la vérité  . Ce jour là tata ,tu as été mon sauveur . lui il a rangé sa ceinture un peu honteux d'avoir ainsi montré sa partialité et son manque de jugement et toi tu m'as prise par la main pour me faire sortir de cette chambre qui pour moi était devenue une salle de torture . Comment peuvent -ils aujourd'hui dirent que tu étais le diable en personne ??? un démon sauve t-il un enfant d'une injuste correction ?? en démon prendrait-il compassions d'une enfant sans mère ??

Que cette marâtre le dise oh oui je le comprend . Depuis son arrivée elle n'a fait que proférer des mensonges . .Car Depuis son arrivé dans cette famille elle crie à qui veut l'entendre qu'elle souffre le martyr et que sa belle famille représente Dracula et Lucifer à la fois . Mais elle n'a malheureusement pas été la seule à dire du mal de toi . Hier ,juste après l'annonce de ton décès, Un mariage grandiose a été célébré . Ni ton frère petit frère, oncle Mamadou , Ni la ravissante fiancée que tu lui as présenté n'ont jugé important ton deuil, pour devoir décaler leur mariage, qui il faut le souligner sans ton implication n'aurait jamais eu lieu .
La fiancée en question qui était prétendue être ta meilleure amie ,est celle qui a ton fort désavantage, pendant cette funeste réunion aujourd'hui s'est mise à énumérer tes conquêtes .
Le seul qui est resté digne c'est Jean Roland . J e crois que lui n'a pas oublier votre amitié .Tu l'avais toujours dis : ce jeune homme a une grande âme . Comme moi il était indigné mais ne pouvant faire affront à sa grande sœur Mme KOSSORO . Il s' est contenter d'aller à la terrasse arrière pour te pleurer . Car vois tu pour te pleurer il faut se cacher . Un mort du sida n'est pas digne qu'on le pleure ! Un mort du sida est selon eux quelqu'un qui a mérité ce qui lui arrive . Quand je pense que l'organisatrice de cette réunion est médecin et qu'elle est sensée éduquer les profanes sur la non stigmatisation des malades .
Enfin avant qu'ils n’arrêtent de parler de toi , et que ton dossier soit à jamais classé dans cette famille ,
la nouvelle mariée a ajouté avec dépit  : « elle n'a même pas laissé de trace en ayant un enfant pour qu 'au moins son souvenir reste » . bien que ce soit la seul fois, depuis ta mort que quelqu'un dise enfin autre chose à ton endroit que des blâmes , j'ai souris de ces propos , souris que celle qui étaient « ta meilleure «  ne sache pas ! Que tu as eu un enfant : moi !
Tu as faits pour moi ce qu'une mère fait à son enfant et moi je serais à jamais pour toi une fille .
Si tu cherches une amie car celle que tu as eu n'en été pas digne , moi je suis là!
Je sais tout de toi ,moi . je connais les chansons de ton enfance , je sais tes amours d'adolescence , je connais tes regrets , je sais tes succès , tu m'as tout raconter . Cette chambre de bonne où tu logeait était pour moi la plus belle pièce du palais . J'y ai toujours trouvé une épaule pour pleurer mais aussi une amie pour rire , c'est là qu'une fois habillé , je partais en quête d’approbation et de compliments , et surtout tu étais la seule avec qui parler de ma vrai mère n'était pas un tabou . Ces heures que j'ai passée assise sur un tabouret juste en dessous de toi à me faire coiffer m'ont enrichies de tes paroles savoureuses .
Aujourd'hui pour moi qui ai été si marqué de la vie , j'ai vu un trésor m’être arraché .
Comment cette maladie dont ont parle à la télé, a t-elle pu se rapprocher d'aussi près et m’amputer d'un si grand membre ?
Je pleure , de douleur causée par ton absence , je pleurs de ce qu'ils osent dire de toi , mais je pleure parce qu’ils ne sont pas seuls fautifs . Je pleurs parce qu'au dernier instant de ta vie je t'ai tourné le dos . Pendant ton agonie , lorsque tes récurrentes plaintes attribuées au départ à une maladie imaginaire ,ont peu à peu laissées transparaître ton mal et qu' une fois la maladie déclarée je n'ai pas osé m'en approcher . Tes beaux yeux si expressifs , ta silhouette de rêve et aussi ton humanité , tout avait disparue . Ça n'était plus toi et l'adolescente que j'étais a été effrayée par ce visage de la mort que tu représentais . Pour caché ma peur j'ai juste fait comme tous ceux qui habitait la maison : je décidé de faire comme si tu n'étais pas là dans cette pièce à lutter ta dernière bataille .
Souvent je prenais la décision de me rapprocher de toi . J'imaginais une causerie à aborder , mais quand j'arrivais dans ta chambre sans même essayer je m'avouai vaincue : Le SIDA était bien trop présent, bien trop proche de toi et il n'y avait pas de place pour deux  .
Après tant d'agonie , et plusieurs tours chez des « tradi-charlatants » ,un soir le diagnostic clinique est tombé , il confirmait ce que nous pensions tous . Papa a malgré tout pris un sang froid et dit : «  la famille c'est fait pour se serrer les coudes » , son docteur de femme a jubilé en prétextant la justesse du diagnostic qu'elle avait fait dès tes 1er symptômes et que personne n'avait voulu accepter tant c'était grave d'imaginer un tel mal dans la famille . Les autres ont baisé la tête et n'ont rien dit . Et la suite a montré bien que les mots de papa , n'étaient qu' une belle phrase dite par un idéaliste mais que la vérité était tout autre .
Depuis la découverte du VIH, dans les années 80 , cela fait 25 millions de personnes qui sont mortes . Je ressens aujourd'hui la douleurs qu' a pu connaître chacun des proches de ces 25 millions d’être humains . Car oui humain c'est ce qu'est avant tout chaque malade .
Pour moi qui ai toujours cru cette maladie si loin ton histoire me rappelle qu'elle est bien plus proche que je le croyais , si elle a pu t'enlever toi ma mère de substitution .
Et c'est avec conviction que sans te justifier de tout ce qui a été dis de toi je sais que mon devoir est de dire juste la vérité pour te défendre toi . Car pareille à moi ,ce jour où la parole de fillette que j'étais n'avait aucun poids devant celle d'une bel mère , aujourd'hui tu ne peux te défendre . je sais juste que si ta mort avait été causé par un accident de voiture , tout aurait été différent .

Je veux juste que l'on retienne une jeune femme , maternelle , qui avait des rêves , oui pleins de projets . Je veux que tous en parlant d'elle la voient comme je la vois moi , avec son tablier à la cuisine , ou racontant des blagues , évoquant dans le futur un mari et des enfants .
Enfin je sais que je ne te l'ai jamais dis mais je t'aime « Tata Awa » . Notre éducation africaine nous empêche souvent de dire cela car l'amour aussi naïvement avouer est censé être une folie occidentale . Mais si l'on pouvait revenir en arrière , Lorsque ton regard devenait triste quand on parlait d' avenir , lorsque tu tremblais de peur à l'idée que j'ai pu mettre une de tes boucles d'oreilles ou utiliser un objet tranchant t’appartenant , lorsque tu bravais ton éducation musulmane pour courir les prières de miracles et que mon intrique s'imaginait que tu avais toutes d'autres sortes motivations , j'aurais juste dû te dire à la place de mes veines spéculations que je t'aimais . peut être ainsi ton cœur aurai été plus serein pour affronter cette maladie . Car l'amour je pense, est finalement  peut être à cette époque le seul remède véritable contre ce mal .

 A la mémoire de Konaté Awa : 1975-2004 ,  plus que des mots , je te remercie pour tout.



1 commentaire:

  1. 8ans après ta mort je publie enfin ce que j'avais écris dans mon journal ce jour là !!! Il faut vraiment que l'on puisse donner de l'amour aux malades du VHI , j'ai pleuré en relisant les mots que j'ai écris ce jours , j espère juste que publier ceci va changer quelque chose aux mentalités

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